Equipe Analyse des pratiques musicales

IRCAM Département Recherche & Développement / UMR 9912 CNRS

Genèse de Victoire de la vie de Charles Koechlin

Objet

Définition

L’étude consiste à analyser le processus de composition de la musique du film de Henri Cartier-Bresson : Victoire de la vie par Charles Kœchlin (1938).

Dates essentielles du processus

Charles Kœchlin commence à esquisser sa partition en janvier 1938 avant d’avoir pu voir le film. À l’aide d’un minutage approximatif, Kœchlin écrit « des projets de lignes de chants plus développés » à la suite de la première projection du film (24 janvier 1938 – le compositeur reverra à nouveau le film les 27 janvier, 2 février et 15 février).
Le 28 janvier, Cartier-Bresson envoie à Kœchlin un minutage détaillé en 14 séquences. Le 30 janvier, le réalisateur prend la décision de se passer pour certaines scènes de la musique de Kœchlin.
Le 4 février, Kœchlin commence l’orchestration qu’il achèvera le 13 février. La bande son est enregistrée le 16 février à Saint-Cloud, le mixage final étant terminé le 23 février. Le 25 février, Kœchlin revoit encore certaines parties.
Présentation publique du film et soirée de gala salle Pleyel le 30 juin 1938.

Eléments déterminants du projet compositionnel

Atelier

La forme de l’atelier de Kœchlin est héritée des ateliers de compositeurs du XIXe siècle : l’instrumentarium y est réduit, le musicien écrivant à la table et procédant de temps en temps à des vérifications au piano.
L’originalité du chantier Victoire de la vie est l’utilisation d’outils de mesure du temps non habituels : non pas un métronome (dont l’usage s’était généralisé dans le premier tiers du siècle précédent) mais un chronomètre ou une montre qui permettent au musicien d’échanger avec Cartier-Bresson dans un langage objectif commun (dans le sens où il s’applique à la fois au déroulement visuel et au continuum sonore).
L’atelier physique de Kœchlin est lié à un atelier immatériel qui comprend les savoir-faire appris par le musicien au cours de sa scolarité au Conservatoire de Paris à la fin du XIXe siècle (harmonie et contrepoint scolaires) et qu’il entretint tout au long de sa vie en donnant hebdomadairement des leçons particulières à des dizaines d’élèves.

Contraintes

Les principales contraintes ayant joué dans le processus de composition de Victoire de la vie sont :
* l’effectif instrumental (en grande partie déterminé par le faible budget dont dispose le réalisateur),
* la difficulté d’accéder aux images pour Kœchlin (qui est obligé d’aller assister à des projections loin de son domicile, projections qui ne peuvent être réitérées à volonté lorsqu’il travaille sa partition),
* la nécessité pour Kœchlin de faire tenir sa musique (esquissée avant le premier visionnage du film) dans des séquences dont le minutage est strict.

Supports et méthodes de l’enquête

Traces de l’activité

a/ Traces directes de l’activité attestées
Les documents de travail de Kœchlin conservés à la Bibliothèque nationale de France et à la Médiathèque Gustav Mahler et sont constitués de trois types d’éléments :
* notes manuscrites sur papier à musique,
* annotations manuscrites de durées du film Victoire de la vie notées sur de vieilles lettres recyclés ou sur les synopsis dactylographiés fournis par Cartier-Bresson,
* brouillons musicaux manuscrits,
* une esquisse générale et une particelle plus aboutie,
* Épisode de l’Hôpital du film Victoire de la vie, réduction pour piano, manuscrit.
Il est à noter que le conducteur final n’a pas été retrouvé ; seuls deux extraits de la partition figurent dans un ouvrage pédagogique rédigé par Kœchlin quelques après guerre : Traité de l’orchestration en quatre volumes (Éditions Max Eschig, 1959, vol. 4, p. 259-260).

b/ Reconstruction et auto-analyse a posteriori (données postérieures à la création)

Les éphémérides que Kœchlin a scrupuleusement tenu, sa correspondance avec Cartier-Bresson ainsi qu’un article bilan sur son travail sur le film (« Comment je conçois la musique de cinéma ? Comment j’ai écrit celle du film Victoire de la vie ? », mars 1938) ont été utilisés pour fabriquer un pseudo-journal de composition.


Musicologie des techniques de composition contemporaines

Ce projet, soutenu par l'ANR de 2009 à 2012, vise à documenter et interroger la spécificité d’un ensemble de techniques de composition caractéristiques de la musique contemporaine savante occidentale, par l’étude approfondie et coordonnée de plusieurs processus créateurs représentatifs de la musique des XXe et XXIe siècles, documentés au moyen d'archives de l'activité créatrice (esquisses, brouillons, etc.) et/ou d'entretiens approfondis avec les compositeurs (pour les compositeurs en activité – Stefano Gervasoni, Jean-Luc Hervé et Marco Stroppa). La méthode et les références du programme sont à la croisée de plusieurs domaines disciplinaires complémentaires : musicologie, critique génétique, sciences cognitives ; le projet développera notamment une méthodologie innovante basée sur la notion de « remise en situation de composition ».

Le projet de recherche "Génétique de la composition musicale : analyser l’acte créatif", coordonné par Rémy Campos et Raphaël Brunner dans le cadre des projets de recherche soutenus par la HES-SO (Haute Ecole Spécialisée de Suisse Occidentale), s'articule étroitement à MuTeC, qu'il prolonge par trois études de cas complémentaires des cinq terrains explorés dans notre projet.

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