Equipe Analyse des pratiques musicales

IRCAM Département Recherche & Développement / UMR 9912 CNRS

Genèse du cycle Les espaces acoustiques de Gérard Grisey

Objet

Définition

Cette étude musicologique menée par François-Xavier Féron porte sur la genèse du cycle Les espaces acoustiques (1974-1985) de Gérard Grisey (1946-1998). Elle a pour objectif de mieux appréhender les processus de composition développés par le compositeur dans chacune des six pièces de ce cycle emblématique de l’esthétique spectrale. Les recherches s’appuient principalement sur les traces de composition conservées dans le fonds Gérard Grisey de la fondation Paul Sacher à Bâle (Suisse) mais tiennent aussi compte des entretiens réalisés avec les musiciens, collaborateurs et autres proches que le compositeur a côtoyés à cette époque.

Dates essentielles du processus

Le cycle est constitué de six pièces instrumentales qui vont de l’alto solo au grand orchestre en passant par diverses formations de musique de chambre.

  • Périodes  pour 7 musiciens: création le 11 juin 1974 par L’Itinéraire (dir. Vinogradov) à Rome.
  • Partiels pour 16 ou 18 musiciens: création le 04 mars 1976 par L’Itinéraire (dir. Vinogradov) à Paris.
  • Prologue pour alto seul: création le 16 janvier 1978 par Gérard Caussé à Paris.
  • Modulations pour 33 musiciens: création le 09 mars 1978 par l’Ensemble Intercontemporain (dir. Tabachnik) à Paris.
  • Transitoires pour grand orchestre: création le 05 octobre 1981 par l’Orchestre Symphonique Sicilien (dir. Ferro) à Venise.
  • Epilogue pour 4 cors soli et grand orchestre: création le 28 septembre 1985 et interprétation du cycle complet par l’Orchestre Symphonique de la BBC (dir. Eötvös) à Venise.

NB: détails précis sur http://brahms.ircam.fr/works/work/8954/

Eléments déterminants du projet compositionnel

Atelier

Le cycle repose sur deux modèles que Grisey a mis en place pour Périodes: d’une part, le spectre de fondamentale mi0 et d’autre part, le cycle respiratoire de structure ternaire (inspiration-expiration-repos). Ces modèles sont déterminants, tant sur la structuration des œuvres, que sur le contrôle d'un grand nombre d'opérations compositionnelles. Le projet artistique est ainsi marqué par des préoccupations théoriques et esthétiques incitant le compositeur à «définir les premiers fondements acoustiques et psychologiques d’une technique capable d’intégrer l’ensemble des phénomènes sonores».

Grisey s’est d’abord familiarisé avec l’acoustique de manière autodidacte en se procurant des ouvrages scientifiques comme ceux d’Emile Leipp (Acoustique et Musique, Masson, 1971) ou Fritz Winckel (Vues nouvelles sur le monde des sons, Dunod, 1962). Il explore une partie de ce nouveau savoir dans Périodes (1974) composée à la Villa Médicis. De retour à Paris, il suit les cours d’acoustique d’Emile Leipp et compose Partiels (1975), œuvre dans laquelle l’empreinte acoustique est considérable. Pour Modulations (1976-1977) et Transitoires (1980-1981), Gérard Grisey réalise avec Michèle Castellengo (chercheuse au laboratoire d’acoustique de Paris VI) des enregistrements de cuivres et de contrebasse desquels seront issus de plusieurs sonagrammes que le compositeur transcrira musicalement.

L’atelier (au sens physique du terme) est donc éclaté géographiquement: il témoigne en partie du parcours professionnel de Gérard Grisey dans les années 1970-1980 : Rome (Villa Médicis, 1973-1974), Paris (domicile du compositeur et laboratoire d’acoustique de Paris VI), Tirepois dans les Vosges (lieu de villégiature), Berlin (DAAD, 1980-1981), Berkeley (Université, 1982-1986).

Contraintes

Périodes pour 7 instruments résulte d’une commande de L’Itinéraire, ensemble fondé par Tristan Murail et Roger Tessier un an plus tôt. C’est la première œuvre dans laquelle Grisey utilise un spectre de manière structurelle. La notice de la partition apparaît d’ailleurs comme le premier écrit théorique dans lequel le compositeur explique les fondements de son écriture. La dernière page de Périodes n’a pas de précédent dans l’histoire de la musique: Grisey recompose un spectre harmonique de fondamentale mi1 en attribuant à chaque instrument (moyennant des quart et sixième de tons) certaines composantes spectrales. L’originalité de ce procédé d’écriture et l’étrangeté du résultat sonore (entre harmonie et timbre) incita le compositeur à affiner ces techniques d’écritures spectrales à l’échelle d’un cycle.

Les six œuvres répondent à différentes commandes mais s’imbriquent les unes dans les autres de sorte à pouvoir être interprétées au cours d’un même concert avec entracte. Néanmoins, elles peuvent aussi être jouées individuellement à l’exception d’Epilogue. Il existe plusieurs versions de Prologue, l'une pour alto seul et l'autre pour alto et résonateurs.

Supports et méthodes de l’enquête

Traces de l'activité

  • Esquisses: tableaux, schémas, calculs…
  • Partitions manuscrites (mises au net)
  • Partitions éditées (Ricordi) et annotées par le compositeur
  • Journal
  • Correspondances
  • Sonagrammes
  • Notes de cours
  • Entretiens radiophoniques du compositeur
  • Enregistrement d’une conférence donnée par le compositeur
  • Film sur Périodes
  • Enregistrements commerciaux des oeuvres

Verbalisations provoquées

  • Entretiens avec Michèle Castellengo au sujet de sa collaboration avec le compositeur.
  • Entretiens avec Jocelyne Grisey qui a vécu avec le compositeur lorsqu'il réalisait ce cycle.
  • Entretien avec Tristan Murail au sujet de leurs séjours à la villa Médicis et de la création de l’Itinéraire.
  • Entretien avec François-Bernard Mâche au sujet de ses premières expériences avec les sonagrammes (1964).
  • Entretiens avec des proches du compositeur: Guy Lelong, Anne-Marie Réby.

Musicologie des techniques de composition contemporaines

Ce projet, soutenu par l'ANR de 2009 à 2012, vise à documenter et interroger la spécificité d’un ensemble de techniques de composition caractéristiques de la musique contemporaine savante occidentale, par l’étude approfondie et coordonnée de plusieurs processus créateurs représentatifs de la musique des XXe et XXIe siècles, documentés au moyen d'archives de l'activité créatrice (esquisses, brouillons, etc.) et/ou d'entretiens approfondis avec les compositeurs (pour les compositeurs en activité – Stefano Gervasoni, Jean-Luc Hervé et Marco Stroppa). La méthode et les références du programme sont à la croisée de plusieurs domaines disciplinaires complémentaires : musicologie, critique génétique, sciences cognitives ; le projet développera notamment une méthodologie innovante basée sur la notion de « remise en situation de composition ».

Le projet de recherche "Génétique de la composition musicale : analyser l’acte créatif", coordonné par Rémy Campos et Raphaël Brunner dans le cadre des projets de recherche soutenus par la HES-SO (Haute Ecole Spécialisée de Suisse Occidentale), s'articule étroitement à MuTeC, qu'il prolonge par trois études de cas complémentaires des cinq terrains explorés dans notre projet.

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