Equipe Analyse des pratiques musicales

IRCAM Département Recherche & Développement / UMR 9912 CNRS

Genèse de Trei II de Michaël Jarrell

Objet

Définition

L'objet de cette étude réalisée par Antonin Servière est d'analyser le processus de composition de Trei II, une pièce de jeunesse (1983) de Michael Jarrell pour voix et quintette (flûte, clarinette, violon, violoncelle, piano), afin d'en tirer un certain nombre de principes relevant d'une « musicologie du processus créateur », éventuellement généralisables à la production ultérieure du compositeur.
 
Dates essentielles du processus

1981 : Trei { « trois » en ancien français}, un fragment pour voix seule.
1982-83 : composition de Trei II, pour voix de soprano et 5 instruments
1983 : création de l'oeuvre par Charlotte Hoffman (soprano) et les musiciens de l'ensemble Contrechamps, sous la direction de Philippe Albera.
{1984 : Trace-écart, pour soprano, contralto, percussions et ensemble}
{1987 : Modifications, pour piano et 6 instruments}

Suggestion d'enregistrement : Michael JARRELL, Trei II - Modifications - Eco - Trace-Ecart, Ensemble Contrechamps, Giorgio Bernasconi. CD Accord, 1995, 461 764-2.
 

Eléments déterminants du projet compositionnel

Atelier

Le texte initial utilisé dans le fragment pour voix seule est de Patrick Weidmann, mais est finalement abandonné dès le projet de l'extension de l'oeuvre pour quintette. A la place, des extraits de trois différents textes de François Le Lionnais, Konrad Bayer et Ronald D. Laing, qui servent de personnages fictifs dans la pièce et donnent un caractère propre à chaque section de l'oeuvre. Ces trois textes sont également prétextes à de brusques juxtapositions de langues (français, allemand, anglais). L'atelier de Michael Jarrell pour cette pièce est composé essentiellement d'esquisses par lesquelles on peut retracer le processus de composition. Certaines sont très générales et témoignent de l'état préparatoire du projet (annotations, citations d'artistes non musiciens, représentations graphiques), tandis que d'autres révèlent un état plus avancé du projet (travail de formalisation de cellules mélodiques, de rythmes et de relations de tempos). Ces différentes esquisses servent de « plan de travail » à l’exploration et la réalisation d’idées musicales qui seront réexploitées dans des oeuvres ultérieures.
 
Contraintes
 
On dénote peu de contraintes extérieures ayant infléchi le projet initial. Si contraintes il y a eu, elles n'ont été qu'intérieures, liées au projet compositionnel lui-même et aux différentes étapes du processus, impliquant à chaque fois une prise de décision ad hoc : agencement du matériau, techniques de composition, respect du schéma prédéterminé de l'oeuvre. Les traces de ce processus révèlent une vision de la composition comme artisanat, nécessitant une remise en chantier perpétuelle des matériaux en cours d’élaboration et impliquant à chaque fois une nouvelle contrainte locale, un problème à résoudre.
 

Supports et méthodes de l’enquête

Traces de l'activité

Michael Jarrell n'ayant tenu ni de journal de composition ni « carnet de bord », les traces du processus de composition sont presque exclusivement centrées sur les esquisses de la pièce, en nombre relativement élevé et variées quant à leur type. Aucune n'est datée, ce qui suppose de reconstituer le cheminement créateur soit par la logique interne des esquisses elles-mêmes, soit par les souvenirs du compositeur. La méthode pour cette enquête se concentre donc d'une part sur l'analyse de l'oeuvre au regard de ces esquisses, de l'autre à une série d'entretiens réalisés avec le compositeur. Quelques documents attestent néanmoins d'une synthèse des idées de l'oeuvre réalisée par le compositeur lui-même, probablement destinée à une présentation publique.
L'une des principales méthodes utilisées pour cette étude consiste à établir des catégories d'analyse qui tiennent compte de ce que les documents sont amenés à devenir au cours du processus de composition ; en somme, leur fonction au sein du processus créateur. L'objectif est ensuite de retracer la chronologie et le cheminement du processus poïétique entre trois grandes étapes : les conduites de production (tout ce qui relève de l'inspiration et des contraintes ou désirs abstraits formulés lors de la conception initiale du projet), les actes compositionnels concrets (étape la plus féconde : éventail de toutes les esquisses et de leur sous-niveaux) et l'oeuvre entière (incluant ses corrections). 
 
Verbalisations provoquées
 
Série d’entretiens avec le compositeur pour vérifier la pertinence de l’analyse en cours,
déterminer l'enchaînement détaillé des différentes étapes du processus, corriger d’éventuelles erreurs liées à l’analyse des esquisses et du manuscrit final.

Musicologie des techniques de composition contemporaines

Ce projet, soutenu par l'ANR de 2009 à 2012, vise à documenter et interroger la spécificité d’un ensemble de techniques de composition caractéristiques de la musique contemporaine savante occidentale, par l’étude approfondie et coordonnée de plusieurs processus créateurs représentatifs de la musique des XXe et XXIe siècles, documentés au moyen d'archives de l'activité créatrice (esquisses, brouillons, etc.) et/ou d'entretiens approfondis avec les compositeurs (pour les compositeurs en activité – Stefano Gervasoni, Jean-Luc Hervé et Marco Stroppa). La méthode et les références du programme sont à la croisée de plusieurs domaines disciplinaires complémentaires : musicologie, critique génétique, sciences cognitives ; le projet développera notamment une méthodologie innovante basée sur la notion de « remise en situation de composition ».

Le projet de recherche "Génétique de la composition musicale : analyser l’acte créatif", coordonné par Rémy Campos et Raphaël Brunner dans le cadre des projets de recherche soutenus par la HES-SO (Haute Ecole Spécialisée de Suisse Occidentale), s'articule étroitement à MuTeC, qu'il prolonge par trois études de cas complémentaires des cinq terrains explorés dans notre projet.

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