Parcours exploratoire dans Concerto d'Elvio Cipollone

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  • Concerto : instrument et électronique
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Introduction

Transition et troisième mouvement

Tout d'abord, observons comment ce dernier mouvement est amené :

TRANSITION ENTRE LES 2 DERNIERS MOUVEMENTS

La transition entre le deuxième et le troisième mouvement est très finement réalisée (fin ped. 33 à ped. 34) : quelques sons flottants persistent en plus des sons de slaps électroniques, mais le cor de basset en direct vient les masquer par un souffle puissant. Au moment où le souffle s’achève, le début de la transition a déjà commencé à l’électronique.

De plus, cette transition marque le retour de l'éclairage de l'instrumentiste ; mais cette fois-ci l’éclairage en douche derrière lui est aussi conservé. Observons ce changement d’ambiance lumineuse, qui fait esthétiquement rebasculer sur un pied d’égalité les deux parties.

Film extrait de la répétition générale du concert :


LE TROISIEME MOUVEMENT

Repères principaux
Début mes 124 à 7m30 (ped 34)

Nous avons vu que ce passage au dernier mouvement provoque le retour de l'éclairage de l'instrumentiste tel qu'il était éclairé au début : cela lui redonne une place bien visible.

Les deux parties sont également présentes l’une et l’autre, jusqu’à la fin.

Cependant, il se produit un tarissement des sources sonores :
- il n’y a presque plus de traits instrumentaux mais ils gardent une responsabilité importante dans le bruitage (plus que dans la sonorisation) du passage, par l'emploi récurrent de sons éoliens.
- l’évanouissement très progressif de la partie électronique qui s’ensuit.

Première vue mixte du passage

Réécoutons la transition suivie du troisième mouvement entier, cette fois-ci directement au complet avec les deux parties instrumentale et électronique réunies.

PASSAGE 7 : " Transition vers le dernier mouvement "

De 07:25 à FIN / Mes 121 à 144 / Pédale 34

VIDEO ECR_2 Passage7 : de 07:25 à la fin


Il s’agit du mouvement le plus lent, le plus introspectif et le plus calme.
La sérenité de l’instrument est due à son mode de jeu non timbré, uniquement soufflé (excepté un ou deux slaps).

Dans ce mouvement, c’est un seul évènement qui prend en charge toute la partie électronique, déclenché une seule fois au tout début du mouvement (par la pédale 34). La partie électronique n’est pas découpée mais continue.

Au tout début de ce troisième mouvement, le nuage électronique de sons d'ordinateurs multiples réapparait pour la dernière fois, avec sa texture assez liquide, mais il est plus morcelé et court (voir rectangle bleu mes. 125-126).

Partie électronique

Mettons une dernière fois l'accent sur la partie électronique pour mieux la comprendre :

VIDEO Ecr_e Passage7 : de 07:25 à la fin


           

On peut remarquer que ce son de nuage électronique est accompagné d’un arrière plan très bruiteux : un bruit blanc privé de toute une bande de fréquences, par un filtrage de type coupe-bande (rien entre 3000 Hz et 5500 Hz environ) :


Légende Le filtrage apparent d’un bruit de type « bruit blanc » au début du dernier mouvement

De 07:39 et demie à 07:46, on peut observer visuellement sur le sonagramme une trouée dans le bruit blanc et qui laisse passer les fréquences comprises entre 3000 Hz et 5500 Hz des autres sons électroniques, et empêche ainsi leur masquage total.

L’assemblage de sons électroniques avec ce son dit soufflé et relevant presque du bruit blanc, évoque une confrontation active entre l’élément « eau » (gouttes puis agglomérées en ruissellement) et l’élément « air » (souffle variable, comme le vent). 

Dès 07:46 le bruit blanc occupe presque tout l’espace (puisque seuls des grondements dans le grave et des fréquences spécifiques continuent à résonner), et s’arrête après des accoups hésitants.

Dès cet instant, les sons se font moins agressifs, plus calmes, et vont intervenir de façon plus espacée et mesurée, en decrescendo jusqu’à la fin de la pièce. Les dernières interventions de l’électronique en pianissimo sont en fait des sons de tonalités téléphoniques passés au travers d’un module de synthèse additive.

Pour ce dernier mouvement qui mène à la fin de la pièce, la partie électronique consiste en fait en la partie électronique du premier mouvement, mise à l'envers par le compositeur. C’est donc le rétrograde de la première partie électronique (miroir), que le compositeur a créé, mais en lui appliquant des déformations : grâce au suivi de la genèse de l’œuvre, nous savons par ailleurs qu’ont été utilisées différentes transformations (granulation, reverb etc.) pour retravailler ce long passage électronique inversé et le rendre méconnaissable.
Cette affiliation entre les deux mouvements est donc plus relative au « faire » qu’à « l’entendre », mais elle mérite tout de même d’être soulignée car elle rapproche la pièce d’avec son titre, Concerto (réexposition dans le 3e mouvement du contenu du 1ier mouvement, mais quelque peu différent car retouché).

Mixte

Pour finir, nous pouvons reconsulter ce dernier mouvement en entier, tel qu’il a été écrit par le compositeur :

VIDEO ECR_2 Passage7 : de 07:25 à la fin


Nous constatons bien un ralliement des parties en cette fin d’œuvre, où les salves de souffle du cor de basset arrivent en réponse aux sons inharmoniques entendus au début (sons de type soufflés, de type bruit blanc) puis au cours de ce mouvement (sons de type bruits notamment).

La dernière page de l’œuvre témoigne d’une alternance temporelle entre les parties instrumentale et électronique, mais très souple, non rigoureuse : des sons électroniques flottants en arrière-plan laissent transparaitre certains sons de type suspendus, très ponctuels, mais qui descendent peu à peu vers le médium. Cette courbe descendante évoquerait presque une cadence si elle n’était dilatée dans le temps, très ralentie.

La fin se fait par le bruit plutôt que par le son, à l’instrument comme à l’électronique.

(c) 2010 Ircam / Analyse des Pratiques Musicales