Equipe Analyse des pratiques musicales

IRCAM Département Recherche & Développement / UMR 9912 CNRS

Objectifs et principes

MuTeC vise à documenter et interroger la spécificité d’un ensemble de méthodes et techniques de composition caractéristiques de la musique occidentale écrite, par l’étude approfondie et coordonnée de plusieurs processus créateurs représentatifs de la musique savante des XXe et XXIe siècles, impliquant chacun une technologie spécifique (montage d’enregistrements sonores, musique mixte avec sons de synthèse, installation sonore avec traitement temps réel, etc.). Ces études empiriques de l'interaction entre un projet artistique et ses outils techniques permettent : d'éclairer sous un jour nouveau un ensemble d’œuvres de référence de la musique contemporaine ; de mieux comprendre la relation entre dispositifs techniques et créativité ; de mettre en évidence de façon plus générale certains traits caractéristiques de la cognition musicale à travers une analyse approfondie de l’une de ses formes à la fois les plus expertes et les moins étudiées. Les différents processus créateurs sélectionnés s’échelonnent sur une période d’une soixantaine d’années, du milieu du XXe siècle jusqu’aux œuvres les plus récentes :

Genèse d'une installation pour un "Jardin sonore" par Jean-Luc Hervé

Genèse de L'Esprit des Dunes de Tristan Murail

Genèse de Trei II de Michaël Jarrell

Genèse de Traiettoria de Marco Stroppa

Genèse du cycle Les espaces acoustiques de Gérard Grisey

Genèse de Requiem pour un jeune poète de Bernd Alois Zimmermann

Genèse et réception génétique de Pli selon pli de Pierre Boulez

Genèse de Victoire de la Vie (musique du film de Cartier-Bresson) de Charles Koechlin

Les œuvres les plus anciennes – déjà historiques – sont abordées, à partir des archives existantes, de façon à reconstituer la logique de leur genèse (selon des principes élaborés dans les champs de la littérature et de l’analyse musicale). Les deux dossiers strictement contemporains sont l’objet d’une observation in vivo, selon une perspective ethnographique.

Plus généralement, il s’agit à travers cette démarche musicologique de mettre en évidence des traits de toute activité créatrice pour lesquelles la composition musicale savante offre des observatoires privilégiés – suivant le postulat que les techniques spécifiques étudiées manifestent des caractéristiques de la cognition humaine qui ne pourraient pas être étudiées suivant un protocole expérimental en dehors de leur situation réelle d’exercice. Aussi la méthode et les références du programme sont-ils à la croisée de plusieurs domaines disciplinaires complémentaires : musicologie, sciences cognitives, critique génétique ; le projet développera notamment une méthodologie innovante basée sur des entretiens de « remise en situation de composition » (pour les compositeurs en activité, abordés selon une approche ethnographique).

Corrélativement, la musique contemporaine est considérée dans toute son épaisseur historique, en adoptant une périodisation susceptible de donner accès à la fois aux savoir faire hérités de la première moitié du XXe siècle, aux techniques nouvelles issues des bouleversements esthétiques de l’après-guerre et stabilisées à partir de la fin des années 1950, et à des techniques représentatives de la période actuelle.

Afin d’articuler cette prise en compte de l’historicité des techniques compositionnelles avec la visée générale d’enrichissement et renouvellement de la connaissance de la créativité artistique, le programme organise à l’échelle de ses trois années de travaux la circulation de notions et de thèmes d’analyse transverses au travers de ses terrains constitutifs. Cette circulation sera facilitée par la conception et l'usage d'une plateforme informatique partagée (développée dans l'équipe sur la base d'un prototype préexistant de "navigation génétique") permettant la numérisation des corpus génétiques consistués pour chaque terrain, et la navigation hypermédia au sein de ces corpus, y compris leur annotation et la variation de leurs modalités de représentation. La plateforme informatique permettra aussi la réalisation de travaux philologiques et génétiques extérieurs au programme originel de MuTeC : c'est déjà le cas avec une collaboration initiée en 2011 avec la Fondazione Isabella Scelsi.

Evénements scientifiques

Le séminaire "D'une musicologie des œuvres à une musicologie des processus créateurs" est consacré aux travaux de MuTeC depuis l'automne 2009 :

Une journée d'étude intitulée "L'activité de composition musicale : des esquisses aux traces indirectes" s'est tenue à l'Ircam le 5 juillet 2010 :

En 2011 :

  • 1er semestre : Parution d'un numéro thématique de Genesis présentant les bases théoriques et les premiers résultats du projet
  • 2ème semestre : Colloque international "Analyser les processus de création musicale" organisé par Nicolas Donin (Ircam) et Vincent Tiffon (Univ. Lille-Nord de France) : Lille, 29 septembre-1er octobre 2011. Voir le site du colloque

Antécédents : de l'étude d'un compositeur à la mise en série d'ateliers et de processus créateurs

Le projet d’une musicologie des techniques de composition (contemporaines ou non) n’aurait pu se former sans preuves préexistantes de la possibilité d'établir scientifiquement ce type de savoir sur la composition. Il avait, de fait, été préparé par nos recherches des années passées sur & avec le compositeur Philippe Leroux. Mais ce précédent, nécessaire, n'aurait pas été suffisant à lui seul pour démontrer la possibilité d'une telle musicologie de la composition. Afin de développer des analyses extensives de la composition contemporaine (portant horizontalement sur une multiplicité de cas), complémentaires de nos analyses intensives d’une seule activité de composition (celle de Leroux pour ses deux principales œuvres de la période 2002-2006), nous avons suscité de brèves études sur différents ateliers compositionnels représentatifs de la musique contemporaine. La codirection par Nicolas Donin et Jacques Theureau d’un numéro thématique de Circuit, Musiques contemporaines (vol. 18, n° 1, paru en janvier 2008) en a fourni l'occasion et la formule.

Qu'avons-nous appris en provoquant et en coordonnant cette réflexion collective sur la « fabrique des œuvres » (c'était le titre du dossier) ? Une section du numéro a réuni des « vues sur » les ateliers de plusieurs compositeurs – Elliott Carter, José Evangelista, Jonathan Harvey, Salvatore Sciarrino – et d’un réalisateur en informatique musicale (Gilbert Nouno). Les contributeurs étaient notamment choisis en fonction de la variété de leurs modalités d’accès à ces ateliers : une fréquentation de longue date de l’œuvre et de l’atelier pour Gianfranco Vinay à propos de Sciarrino ; les esquisses archivées à la Fondation Sacher pour l’atelier de Carter analysé par Denis Vermaelen ; une visite sur les lieux et un entretien avec le compositeur pour Nicolas Gilbert au sujet d’Evangelista ; un texte autoanalytique pour Harvey. D’autre part, le numéro comprenait plusieurs articles complets développant la méthode et les résultats d’études plus larges : analyse génétique d’une œuvre de György Kurtág, approche ethnographique et musicologique de la genèse d’œuvres d'Elvio Cippolone et de Philippe Leroux, enfin ergonomie cognitive de deux processus de production à l’Ircam au début des années 1980. Cet ensemble de travaux a permis de mettre en évidence des traits partagés par plusieurs démarches compositionnelles ainsi analysés : distinction entre travail paramétrique et schémas évocateurs de phénomènes sonores ; importance des pratiques de recyclage et d’arrangement au cours de l’écriture ; usages différenciés des simulations MIDI selon les logiciels adoptés ; vigilance du compositeur à l’égard des connotations musicales pouvant apparaître sous sa plume ou à travers son utilisation de l’informatique musicale ; caractère généralement heuristique et seulement partiellement prescriptif des plans formels.

...Autant de thèmes dont nous éprouvons la généralité et la plasticité au fil des études plus développées, et coordonnées les unes aux autres, qui sont réalisées dans le cadre de MuTeC.

Musicologie des techniques de composition contemporaines

Ce projet, soutenu par l'ANR de 2009 à 2012, vise à documenter et interroger la spécificité d’un ensemble de techniques de composition caractéristiques de la musique contemporaine savante occidentale, par l’étude approfondie et coordonnée de plusieurs processus créateurs représentatifs de la musique des XXe et XXIe siècles, documentés au moyen d'archives de l'activité créatrice (esquisses, brouillons, etc.) et/ou d'entretiens approfondis avec les compositeurs (pour les compositeurs en activité – Stefano Gervasoni, Jean-Luc Hervé et Marco Stroppa). La méthode et les références du programme sont à la croisée de plusieurs domaines disciplinaires complémentaires : musicologie, critique génétique, sciences cognitives ; le projet développera notamment une méthodologie innovante basée sur la notion de « remise en situation de composition ».

Le projet de recherche "Génétique de la composition musicale : analyser l’acte créatif", coordonné par Rémy Campos et Raphaël Brunner dans le cadre des projets de recherche soutenus par la HES-SO (Haute Ecole Spécialisée de Suisse Occidentale), s'articule étroitement à MuTeC, qu'il prolonge par trois études de cas complémentaires des cinq terrains explorés dans notre projet.

Contributeurs

Ce projet s'inscrit dans les pôles

Musicologies de la composition


© 2010 - Ircam