Equipe Analyse des pratiques musicales

IRCAM Département Recherche & Développement / UMR 9912 CNRS

Etudier les situations musicales

La visée de la participation de Jacques Theureau à la création et aux travaux de l’équipe Analyse des Pratiques Musicales à l’Ircam est d’abord d’étudier les situations musicales en tant que situations privilégiées d’étude d’aspects généraux de l’activité cognitive humaine. Rappelons que, dans la cadre de l’épistémologie de l’anthropologie cognitive, une situation peut être privilégiée à plusieurs points de vue : saillance de certains phénomènes généraux empiriquement et techniquement intéressants plus forte que dans d’autres situations ; possibilités sociales particulières de construction de données ; possibilités particulières de collaboration avec les acteurs et les concepteurs.

Ce programme de recherche ‘cours d’action’ est né en ergonomie. Alors que l’extension des domaines de travail étudiés et le passage aux activités physiques et sportives et aux activités d’éducation et de formation en ont démontré à la fois le pouvoir heuristique et la capacité de croissance, les activités artistiques et, plus généralement, les activités qualifiées de créatrices, n’avaient, jusque-là, été abordées que marginalement. Pourtant, des phénomènes de création avaient été mis en évidence dans diverses situations, par exemple dans des situations de travail bureautiques et dans les situations de matches de tennis de table en compétition internationale.

D’où une participation à l’élaboration et à la mise en oeuvre de divers projets de recherche portant sur les activités de composition et d’interprétation musicales menées en collaboration avec Nicolas Donin (APM), Samuel Goldszmidt (APM), Rémy Campos (historien de la musique, Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris), Philippe Leroux (compositeur), Pierre-André Valade (chef d’orchestre) et Valérie Philippin (chanteuse). D’où aussi une collaboration à divers projets d’écoutes signées, de façon systématique à ceux qui sont développés en relation avec ces recherches en musicologie empirique, mais aussi de façon plus épisodique à ceux qui ne le sont pas.

Jacques Theureau est chercheur associé à l'équipe depuis son départ en retraite du CNRS. Sa participation à l'équipe porte sur l'anayse de l'activité de composition d'Apocalypsis par Philippe Leroux, l'achèvement d'un ensemble de publications collectives issues de plusieurs projets sur l'interprétation et l'écoute, enfin le conseil méthodologique et épistémologique dans l'élaboration de nouveaux projets.

Synthèse du programme de recherche 'cours d'action'

Au cours de sa période de rattachement à l'Ircam-CNRS (2003-2008), Jacques Theureau a également réalisé un travail de synthèse et de mise à jour du programme de recherche 'cours d'action'. Trois volumes ont concrétisé ce travail. Le second et le troisième prennent en compte les recherches menées en collaboration avec N. Donin et S. Goldszmidt sur les pratiques musicales et la conception de situations musicales.

Le cours d'action : méthode élémentaire (Toulouse, Octares, 2004)

Cet ouvrage est la seconde édition remaniée et postfacée d'un ouvrage paru en 1992 sous le titre Le cours d'action : analyse sémio-logique. Essai d'une anthropologie cognitive située. Ce remaniement a été effectué et cette postface rédigée, d'abord afin de tenir compte du fait que certaines des notions et des formulations initiales se sont avérées être insuffisamment précises, ou bien manquer de cohérence, ou bien encore constituer des complications inutiles, mais aussi afin que cet ouvrage apparaisse clairement comme constituant une partie d'une démarche plus développée et jouant relativement à cette dernière un rôle de propédeutique tout en pouvant être mise en œuvre avec profit indépendamment d'elle. D'où le changement de titre : une méthode élémentaire comme partie d'une méthode développée.

Après avoir posé le problème des objets de l'analyse du travail et de la pratique aujourd'hui (Chap. 1), nous précisons l'objet théorique 'cours d'action' et les hypothèses théoriques qui le circonscrivent (Chap. 2). Nous pouvons alors discuter de l'observatoire de cet objet théorique et de sa mise en oeuvre, c'est-à-dire de l'ensemble articulé de méthodes de construction de données susceptible de documenter le cours d'action (Chap. 3 et 4). L'analyse de ces données passe par la précision des deux notions complémentaires de 'signe tétradique' et de 'structure significative à t' (Chap. 5 et 6). Enfin, les différentes sortes de modèles du cours d'action sont précisées (Chap. 7 et 8).

Le cours d'action : méthode développée (Toulouse, Octares, 2006)

Cet ouvrage, commencé en 2003 et achevé en 2005, prend la suite du précédent. En introduction, après avoir montré l'évolution des domaines empiriques et socio-techniques d'activité (extension des domaines de travail, passage aux activités physiques et sportives, aux activités d'éducation et de formation et aux activités artistiques) et des thèmes étudiés (déplacement des questions d'activité individuelle-sociale en production nominale vers les questions d'apprentissage-développement et d'appropriation-individuation de dispositifs techniques, les questions d'articulation entre activité individuelle et activité collective, les questions portant sur les relations entre émotion, cognition et action et, enfin, sur les processus de création), une vue d'ensemble de la méthode développée est proposée.

Les chapitres se répartissent en trois parties : I – Questions d'objets d'étude (chapitre 1 : Les objets théoriques d'étude de l'activité individuelle-sociale, chapitre 2 : Les objets théoriques d'étude de l'activité collective et la vérité limitée du collectivisme méthodologique) ; II – Questions de méthodes de construction de données (chapitre 3 : De l'anthropologie culturelle et historique à l'anthropologie cognitive et à l'étude de l'activité humaine, chapitre 4 ; L'observatoire des objets théoriques d'étude de l'activité humaine) ; III – Questions de notions analytiques (chapitre 5 : Phénoménologies, sémiotiques et activité humaine, chapitre 6 : In-formation, signe hexadique et analyse du cours d'expérience). Enfin, la conclusion présente les diverses voies de la modélisation des activités humaines développées et/ou envisagées.

Le cours d'action : méthode réfléchie (Toulouse, Octares, 2009)

L'ouvrage vise deux objectifs de conceptualisation et de transmission articulés : (1) préciser les fondements d’une phénoménologie de l’activité humaine et, dans sa foulée, d’une psychologie phénoménologique et d’une science empiriques de cette dernière, telles qu’elles sont conçues dans ce programme de recherche (Première partie, chapitres 1 à 3); (2) formuler des propositions pour une épistémologie générale, valant à la fois pour la recherche empirique, pour la recherche technologique, pour la recherche mathématique et pour la recherche philosophique, qui soient cohérentes avec le paradigme cognitif de l’enaction proposé par H. Maturana et F. Varela, tel qu’il a été enrichi en matière de symbolique, de technique et de culture dans ce programme de recherche (Seconde partie, chapitres 4 et 5).

Ces propositions pour une épistémologie générale restent pour l’essentiel à mettre à l’épreuve des recherches effectivement menées dans les divers domaines de la connaissance, à l’égard desquels elles jouent le rôle d’une grille de questionnement épistémologique. Elles ont le mérite le plus immédiat : (1) de rapporter de façon systématique l’épistémologie particulière qui préside au programme de recherche ‘cours d’action’, et plus généralement les épistémologies qui président aux sciences humaines et sociales, à l’épistémologie dans toute sa généralité, moyennant une refonte partielle de cette dernière, donc aussi de relier de façon nouvelle les sciences physiques, biologiques, humaines et sociales et l'ingénierie des situations de travail et, plus généralement, d’activité humaine, sans pour cela revenir à la cohérence réductrice entre les différentes variantes du taylorisme, la physiologie humaine et la psychologie comportementaliste ; (2) de préciser les limites du développement et de la mise en œuvre de cette épistémologie particulière ainsi reconsidérée dans les recherches qui ont été menées dans le passé de ce programme de recherche, donc aussi d’ouvrir sur leur dépassement ; (3) de renouveler la notion de recherche technologique, en particulier en relation avec les sciences humaines et sociales et la philosophie.

Ces deux objectifs articulés de conceptualisation et de transmission sont obtenus grâce à des sélections, corrections, mises en relation et développements de sources d’inspiration philosophiques multiples et hétérogènes qui recoupent toute l’histoire de la philosophie. Elles appartiennent essentiellement au Stoïcisme antique, à J.G. Fichte et à l’Idéalisme allemand, à C.S. Peirce et au Pragmatisme nord-américain, à J.P. Sartre et à la Phénoménologie, ainsi qu'à l’épistémologie scientifique moderne qui en ressortent réévalués, critiqués, reliés de façon nouvelle et transformés. Cette réévaluation, cette critique, cette mise en relation et cette transformation constituent un troisième objectif, pour ainsi dire collatéral, de cet ouvrage.

Dans la réalisation de ces deux objectifs articulés de conceptualisation et de transmission, comme du troisième, l’accent est mis sur la méthode plutôt que sur les contenus. S’il est donc abondamment question de "science", de "technologie", de "philosophie" et d’"éthique", et même un peu de "mathématiques", ainsi que de "programme de recherche", de "critères de scientificité", d’"instance de réfutation-décision" en des sens précis et souvent élargis, ces notions sont laissées largement ouvertes à d’autres déterminations que le lecteur est encouragé à réaliser, même – mais évidemment à un moindre degré – lorsqu’il est fait référence au programme de recherche ‘cours d’action’ lui-même.

Jacques Theureau

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