Equipe Analyse des pratiques musicales

IRCAM Département Recherche & Développement / UMR 9912 CNRS

Mars 2005, en suivant une page du journal de composition

Du 16/03/05 au 31/03/05
Extrait du journal de composition

2005-03-18

Journal de composition


  • Relecture méthodique de chaque Mouvement
  • Définition arbres Mvt1, Mvt2
  • Déroulement musical global (nouvelle page)
  • Approfondissement Mouvement V-C
  • Continue de préciser Rythmes, Harmonies, Profils
  •  

    Extrait vidéo de l'entretien

      Documents associés
    • IMvt2

    Transcription

    18/03/05
    Ensuite, le lendemain [18 Mars], j’ai commencé la relecture méthodique de chaque mouvement, ce qui m’a amené à redéfinir en fait un certain nombre de choses. Alors, je vais aller directement/ [feuillette] Les intermèdes, je pense que ça a bougé, les intermèdes, mais c’est après, pas à ce moment-là. [feuillette] « 8/04 », ça, c’est beaucoup plus tard. Donc, ça voulait dire entre autres définir les arbres de rotations d’accords utilisés pour le mouvement 1 et pour le mouvement 2 d’abord. [feuillette] Pour le mouvement 1, c’est cet arbre-là qui est utilisé [copie d’écran « arbre Mvt 1a »] [feuillette] et/ Cela, c’est la même chose que ça, j’imagine ? Oui, c’est la même chose que ça. Donc, on a tous les nœuds associés, toutes les feuilles associées par deux. Alors, pourquoi ai-je choisi cet arbre-là ? Parce que/ En fait, c’est un arbre qui classe/ c’est une visualisation d’un classement des 26 nouveaux accords qui résultent des interpolations entre les anciens par inharmonicité pure, c’est-à-dire que tout est inharmonique : le classement général est par inharmonicité et le classement local par nœuds est aussi par inharmonicité. Donc, c’est le cas de figure le plus simple, voilà ! Cela [feuille « arbre Mvt 1d »] c’est la suite euh, ça c’est les nœuds et les feuilles [feuillette] ça c’est la suite en fait de la lecture de tout l’arbre avec la répétition des nœuds, donc la suite des accords, si l’on voulait l’avoir de façon linéaire, de tout cet arbre. Cela, c’est pour le premier mouvement. /feuillette/ J’ai fait la même chose pour le second, ce jour-là [feuillette] [prend graphe colimaçon « arbre Mvt 2a », et « arbre Mvt 2b »] Le second mouvement, lui, le principe n’est pas le même : l’arbre de classement est/ Là, il faut que j’aille chercher/ ordinateur/
    Juste une question pour bien comprendre : tu nous as dit que là, tu étais en train de reprendre tous les mouvements. C’est seulement sous l’angle de l’harmonie ou ?/
    C’est tout, tous les angles.
    Tu l’as fait cependant : harmonie pour chaque mouvement, puis rythme pour chaque mouvement, puis/
    Oui !
    Tu ne t’es pas dit : ce mouvement-là, c’est quoi ? (Ma question porte sur l’ordre de ta relecture.)
    Si, aussi. Je relis tout. Je relis chacun, et je le relis quasiment sous tous les paramètres. Et après, je passe à l’autre.
    Là, dans l’entretien, tu donnes l’impression de procéder d’abord uniquement sur les arbres, mouvement par mouvement.
    Oui, parce que là, je/ En fait, ce qui a changé dans les mouvements 1 et 2, ça concerne ça. Par contre, pour d’autres mouvements, ça va être autre chose certainement. Par exemple, pour le 5c, j’ai mis là [apparemment il parle de la liste récapitulative « harmonie » mouvement par mouvement] qu’il y a approfondissement plus de ce qui fait le mouvement lui-même.
    Pour les mouvements 1 et 2, tu n’as pas noté d’autres choses produites par ta relecture ?
    Je ne sais pas. [feuillette] Pour le premier mouvement, il y a des choses qui ont changé, mais plus tard, « 24/03 », c’est quelques jours après. C’est la question harmonique sur le deuxième qui a évolué. Au niveau rythmique, il n’y a rien de particulier, au niveau des profils mélodiques, il n’y a rien de spécial. Je n’ai pas cherché à remplir systématiquement chaque case. [feuillette] Par contre, il y a une chose aussi qui est nouvelle là, c’est / mais peut-être que je vais attendre/ Je finis quand même avec mon mouvement 2 et après/ Je suis ce que j’ai écrit. Dans le mouvement 2, j’avais choisi déjà de travailler sur un arbre plutôt en colimaçon, puisqu’en fait c’est une énumération/ C’est des choses que j’avais déjà choisies auparavant, sur le Plan Harmonie [liste récapitulative « harmonie »]. [feuillette] Là, il n’y a pas de rotation, c’est vraiment une énumération, je ne veux pas qu’il y ait retour d’accords, etc. et, en même temps, l’aspect circulaire m’intéresse parce que je peux être amené à le faire plusieurs fois. Après, cet arbre en colimaçon, il revient dans un autre mouvement. Donc, là, par contre [feuillette], j’ai utilisé l’ensemble du classement toujours par inharmonicité mais, après, selon les nœuds/ A la limite, il faudrait aller voir le patch./ Selon les nœuds, il y a des types de classements différents.
    Alors, en même temps, tout ça m’amène, en même temps que je relis, à m’intéresser au « déroulement musical global » [18/03], disons, de la pièce. Alors là j’ai la suite de tous les mouvements et l’idée, c’est/ Je ne regarde plus les questions harmoniques, rythmiques, etc., je regarde plutôt quel est le type d’animation musicale que ça va être. Par exemple, le premier, tel que je l’imagine à ce moment-là, c’est plus des espèces d’objets sonores qui arrivent comme ça, puisque ce sont des vieilles prises de sons d’anciennes pièces vocales, le deuxième va plus être itératif, puisque c’est une énumération d’idées, le troisième plus dans la/ répétitif, parce que c’est/ [feuillette] celui qui travaille sur le classement, si mes souvenirs sont bons/ sur le classement, oui. Donc c’est lui qui est répétitif car au fur et à mesure on assiste au classement, on part de beaucoup de choses et petit à petit ça se, etc. [geste de la MD]. Le quatrième, ce qui va dominer c’est un travail sur une polyrythmie de masse avec un élément qui va être très fort/ Là, en fait, je parle plus du point de vue de ce qu’on va entendre, globalement de ce que va être un peu, du point de vue de la perception, ce mouvement-là, avec un jeu sur le contraste entre une dynamique très forte et au contraire une dynamique moins forte. Ensuite, le 5, je me rends compte que, lui, il va travailler à nouveau plus sur les idées d’objets sonores, puisqu’en fait ça va être l’introduction/ une reprise de l’introduction de Voi(rex).
    Quand tu dis « je me rends compte », ça veut dire quoi ?
    Cela veut dire que, quand j’imagine ce mouvement-là, qui est très court puisque c’est juste l’introduction de Voi(rex) qui est mise en scène (donc, je vais sûrement reprendre des sons comparables et les mettre autrement, les réagencer autrement pour/ un peu comme dans l’entretien avec Pierre, au moins dans l’idée), donc on retrouve un peu l’idée d’objets sonores qu’on a là. Le 5A, c’est-à-dire celui qui va faire correspondre les trajectoires spatiales aux trajectoires des profils mélodiques, lui, ça va plus être des lignes et des tenues. Le 5B, il va être très silencieux, c’est à dire que ce qui va dominer/ Vous voyez, j’essaie de trouver la dominante musicale en fait du mouvement. Le 5, ça va être aussi des lignes, etc. etc. En fait, je me suis rendu compte que tout fonctionnait énormément par deux, c’est-à-dire qu’on avait 2 plutôt objets sonores, 2 plutôt itératifs, 2 plutôt répétitifs, 2 plutôt polyphonies de masse, 2 plutôt silencieux, etc., et ce tout à fait par hasard. Bon ! / /
    Qu’est-ce que tu tires de ce constat ?
    Il me permet d’avoir une idée un peu générale de la pièce, pas seulement d’un aspect structurel, de l’harmonie, de je ne sais quoi, mais plutôt qu’est-ce que va être l’identité de ça sur le plan sonore. Ce que, pour le moment, j’ai très peu abordé, en fait. Avec les structures que je mets en place là, on peut faire tout et n’importe quoi, on peut dire.
    Avec ces sortes de mots, de concepts principaux pour chaque mouvement, que tu attribues, tu peux t’en servir de diverses façons : comme ligne directrice pour te dire « c’est ça qu’il faut que j’obtienne » ; comme « si je suis les recommandations que j’ai déjà faites, c’est sûr que je vais obtenir ça et ça m’informe à l’avance sur le résultat de ma composition, quasiment ».
    Il y a un peu les deux. Logiquement, c’est à ça que je devrais arriver, mais je me connais assez et je sais que, dès que je vais commencer à écrire un peu, il va y avoir 2000 choses nouvelles qui vont jaillir et qui vont prendre une importance considérable. Déjà, j’ai le cas, vous allez voir. Donc, ça va aussi m’aider peut-être à freiner, à retenir un peu le …fougueux cheval/
    Tu vas te reporter à ce plan-là ?
    Surtout, ça me permet d’avoir une conduite générale qui ne soit pas seulement harmonique ou rythmique, mais qui soit aussi plus sur le plan de l’animation, des événements, de leur/ En fait, ça concerne quand même beaucoup, je ne dirais pas la densité, mais l’animation des événements dans le temps, que ce soit une ligne ou que ce soit, au contraire, des objets, plutôt itératifs, plutôt répétitifs. C’est un complément qui, pour moi, est assez important. Je pense que d’ailleurs je vais revenir à ce plan-là certainement. Après, bon, j’avance dans les mouvements [feuillette]. Le 2 on en a déjà parlé. Le 3, il n’y a rien de particulièrement nouveau, peut-être de toutes petites précisions en plus, je n’en suis même pas sûr. Il faudrait presque comparer aussi ces plans de rythme harmonique, de profils mélodiques, parce que c’est à ce moment-là, peut-être, que j’ai précisé des choses. Il faudrait presque voir la station d’avant, où l’on était et s’il y a des choses qui se sont précisées à ce niveau-là, parce que je ne l’ai pas forcément écrit. Ensuite, le 4, il n’y a rien de très nouveau. Le 5, introduction, c’est plus tard qu’il y a des choses qui vont venir/ Le 5A, j’ai travaillé dessus : j’ai précisé un petit peu comment j’allais faire correspondre les trajectoires spatiales du I de Voi(rex) en trajectoires mélodiques, avec les haut-parleurs. L’idée [voir schéma dans la partie gauche de « Va »], c’est d’associer à chaque haut-parleur une note tirée de l’accord qui est associé au mouvement, l’accord 1, et puis de calculer les distances entre chaque haut-parleur dans la spatialisation du 1 qu’on a, que Samuel [Goldszmidt] nous a données, qui sont plus ou moins grandes. Par exemple, entre 2 et 7, ça va très vite. Par contre, le cheminement harmonique qui va se passer entre le 2 et le 7 [montre sur liste récapitulative « harmonie »], il va être pris dans les accords de l’arbre. Quel arbre ? Est-ce que je l’ai noté ?/ / Arbre principal, c’est-à-dire sans doute le même que pour le 1. Vous savez, je ne mets pas [sur l’agenda] le nombre d’heures de travail. Je devrais peut-être le faire ? Quelquefois, je travaille une heure, d’autres fois 8 heures et ça produit des choses différentes. Quand il y a des trajectoires spatiales qui se font en parallèle, on a quasiment une polyphonie, etc. Le 5B, est-ce qu’il y a des choses en plus ?/ / « 18/03 : utiliser les lettres avec 5 notes la plupart du temps, oui ». Ce qui est du 18/03, c’est [l’annotation] « oui ». C’est vraiment important pour ce mouvement-là, c’est peut-être une des choses qui vont être les plus importantes. Ensuite on arrive au 5C : là, l’idée c’est d’utiliser le séquenceur qu’a fait Samuel et de le mapper en 1 minute 54, en gardant toutes les couches des différents types d’événements/ / Qu’est-ce que j’ai marqué ? « et à partir des sons enregistrés des musiciens » Ah oui ! C’est là que je commence à me dire aussi que je vais avoir besoin de faire une séance avec les musiciens, instrumentistes, pour les enregistrer. Pas avec les 16 parce que ça coûterait trop cher, mais avec 7 peut-être pour refaire quelque chose un peu comme ce que j’avais fait avec Voi(rex) avec les accords, sauf que là, ça va pas être trop des accords, mais plutôt être des lettres. Cela, c’est un matériau que je vais utiliser particulièrement dans ce mouvement-là.
    A un moment, pour toi, le séquenceur du 3e mvt de Voi(rex), tu l’imaginais comme une sorte de partition : à la place des fichiers sons, en anticipation, c’étaient des instruments, et tu imaginais que tel instrument jouait avec tel autre. Par exemple, au début tu en as 3 ensemble, puis un seul… Ce genre de jeu-là de représentation. Ce n’est plus ça ?
    Cela va être aussi ça finalement, mais un petit peu plus que ça. L’idée, c’est exactement ce que tu dis : au lieu que ce soit un accord/ parce que le 3 de Voi(rex) fonctionne à partir d’accords, arpégés ou tenus, etc./ Là ça va pas être ça, ça va être des lettres. L’unité de base, ça va être la lettre. Mais, après, on va avoir la lettre purement instrumentale, en même temps que la voix, en même temps qu’un traitement en temps réel, puis après on va avoir/ On va retrouver toute la notion de ce qui/
    Là, cela ne te prescrit plus rien dans la densité d’instrumentation. Cela reprend les catégories/
    Cela reprend les catégories qui sont là. Après, moi, je vais les instrumenter. Donc, on aura des/
    Donc, tu vas faire de nouveau des séances d’enregistrements avec certains des musiciens, en temps réel, avec de l’électronique, pour avoir ce genre/
    Pour avoir un matériau qui me permette de faire différents freeze, toutes les petites choses qu’il y a, sauf que je n’aurai pas 16 musiciens. [feuillette] Cette fois je vais faire travailler des jeunes musiciens français [= non pas l’ensemble norvégien qui jouera Apocalypsis pour la création] : l’ensemble Cairn. Donc, voilà ! Et je continue en même temps de préciser ça, ça… Il y a des choses qui se remplissent au fur et à mesure, je ne me souviens plus quoi. A la limite, il suffit de comparer les brouillons. [Rythmes de la séance précédente] Sur le rythme, ça a quand même bougé. Il y a des choses qui se sont un peu précisées. Là, je commence à avancer, parce qu’il faut que je m’y mette très sérieusement.

    © 2010 - Ircam