Equipe Analyse des pratiques musicales

IRCAM Département Recherche & Développement / UMR 9912 CNRS

Ce projet, essentiellement réalisé entre 2003 et 2006, a d'abord porté sur les premières formes d'analyse musicale en France au XIXe siècle, avant de s'élargir en une recherche collective abordant d'autres terrains, chronologiquement (à travers le XXe siècle) et géographiquement (Angleterre, Allemagne, Etats-Unis). Il a permis de mettre en chantier une histoire de l’analyse (jusqu'alors inexistante en langue française et embryonnaire en langue anglaise), mais aussi d'encourager une réflexion épistémologique : en effet, développer une archéologie de ces savoirs a des implications directes sur la manière dont nous comprenons et pratiquons la recherche musicologique aujourd’hui, étant donnée l'importance qu'y prennent les opérations analytiques.

Aux origines de l'« analyse musicale » (francophone) : approches micro-historiques

Une première phase de recherche, réalisée à quatre mains par Rémy Campos et Nicolas Donin, a consisté à interroger de près les opérations analytiques constitutives des guides d'écoute de l'époque du wagnérisme, ainsi que celles à l’œuvre à la Schola Cantorum, à travers des enquêtes microhistoriques respectivement de la conception d'un guide d'écoute par Charles Malherbe en 1887, et de l'herméneutique de la Sonate en mi de Vincent d'Indy dans les années entourant sa création. Une synthèse sur les pratiques d'écoute wagnéristes a conclu ces travaux.

Pour une histoire des opérations & des disciplines analytiques

La seconde phase a consisté à élargir ce programme. Rémy Campos a esquissé une histoire de l'analyse musicale en France au XXe siècle, Nicolas Donin a explicité l'enjeu d'une épistémologie historique de l'analyse, et un groupe de musicologues s'est réuni autour de ce programme de travail, aboutissant à l'ouvrage collectif L'analyse musicale, une pratique et son histoire. Deux approches principales y ont été privilégiées :

  • Une exploration pragmatique du concept, selon laquelle ce dernier a une existence dès lors que des individus ou des groupes disent qu’ils font de l’analyse, ou que quelque chose relève de l’analyse. Cette démarche amène à prendre en considération des phénomènes jusqu’alors rarement intégrés à l’histoire de l’analyse (par exemple l’usage de l’analyse par des compositeurs et par des interprètes), à explorer des sources nouvelles (par exemple les opuscules wagnériens ou les pochettes de disques), et à mener des enquêtes ethnographiques sur des situations et pratiques analytiques d’aujourd’hui.
  • Une généalogie des opérations analytiques, qui cherche à faire apparaître les implicites de l’activité analytique et de là, à remonter la piste des gestes usuels de l’analyste bien au-delà de l’époque et des circonstances dans lesquelles ils ont été officiellement intégrés à sa boîte à outils. Contrairement à l’étude pragmatique du concept d’analyse musicale, une telle généalogie peut prendre en considération des phénomènes initialement tout à fait distincts de l’analyse (comme l’arrangement ou la composition) ou même de la musique (philologie, linguistique, etc.). Elle permet de mettre en évidence les cultures passées auxquelles les gestes de l’analyste doivent en partie leur aspect actuel, et de comprendre comment l’analyse s’est autonomisée par rapport à ce terreau multiforme et hétérogène, qu’elle a discipliné (pour ce qui est des pratiques musicales) ou musicalisé (pour ce qui est des emprunts méthodologiques à d’autres domaines). La méthode historienne n’est pas seule en lice : cette démarche d’explicitation peut aussi procéder par enquête ou expérimentation sur des situations et pratiques analytiques contemporaines.

Consulter une présentation et le sommaire de L'analyse musicale, une pratique et son histoire

Politiques de l'analyse

Enfin, dans le prolongement de ces travaux, un colloque international a été coorganisé au printemps 2007 avec Esteban Buch (CRAL, EHESS-CNRS) et Laurent Feneyrou (CRAL jusque 2008, et actuellement IRCAM-CNRS), sur le thème "Politiques de l'analyse musicale" / "Politics of Music Analysis".

Il s'agissait de questionner l'inscription sociale et la dimension politique de l'analyse musicale, considérée en un sens large pouvant inclure également la conception de théories (au sens de la music theory) et la critique musicale (lorsqu'explicitement indexée aux œuvres). Ce colloque a permis un croisement entre notre épistémologie historique des opérations analytiques et l'histoire sociale de la musique (et de la musicologie) développée par Esteban Buch et ses collaborateurs à l'EHESS.

Des actes, augmentés de la première traduction française de "How We Got Into Analysis, and How to Get Out" de Joseph Kerman, paraîtront sous le titre Du politique en analyse musicale en 2011.

A suivre...

Ce programme se poursuivra, dans un premier temps, par de nouvelles études sur la pratique analytique de plusieurs compositeurs du XXe siècle, dans le sillage des exercices d'analyse comparée réalisés par Gianmario Borio (sur la production théorique et analytique des compositeurs de Darmstadt dans les années 1950, cf. sa contribution à L'analyse musicale, une pratique et son histoire) et par Laurent Feneyrou (mise en regard des analyses du Sacre du Printemps par Messiaen, Barraqué et Boulez, à paraître dans Du politique en analyse musicale).

En relation avec le présent projet, voir également :

Mise en tableau & écoute segmentée

Epistémologie & histoire de la musicologie

Références des publications

Rémy Campos et Nicolas Donin (éd.), L'analyse musicale, une pratique et son histoire, Genève, Droz/Conservatoire de Genève, 2009. Avec la participation de Kofi Agawu, Xavier Bisaro, Gianmario Borio, Esteban Buch, Marc Chemillier, François Delalande, Jonathan Goldman, Marion A. Guck, Sophie Maisonneuve, Alexander Rehding, Olivier Roueff.

Nicolas Donin, « Analyser l'analyse ? », L'analyse musicale, une pratique et son histoire, op. cit., p. 13-33.

Rémy Campos et Nicolas Donin, « Wagnérisme et analyse musicale. L'émergence de nouvelles pratiques savantes de lecture et d'écoute en France à la fin du XIXe siècle », L'analyse musicale, une pratique et son histoire, op. cit., p. 35-80.

Rémy Campos, « L'analyse musicale en France au XXe siècle : discours, techniques et usages », L'analyse musicale, une pratique et son histoire, op. cit., p. 353-451.

Rémy Campos et Nicolas Donin, « La maîtrise artistique de Vincent d'Indy : de quelques relations nouvelles entre composition et analyse au début du XXe siècle », Schweizer Jahrbuch für Musikwissenschaft / Annales Suisses de Musicologie / Annuario Svizzero di Musicologia, XXV (2005), 2006, p. 155-216.

Rémy Campos et Nicolas Donin, « La musicographie à l’œuvre : écriture du guide d’écoute et autorité de l’analyste à la fin du XIXe siècle », Acta musicologica, LXXVII/2, 2005, p. 151-204.

Analyser l’analyse ? Epistémologie & histoire de l’analyse musicale

Discipline intégrée aux cursus de formation des musiciens depuis la fin du XXe siècle, l’analyse ne s’est retournée que depuis quelques années sur son histoire. Ce travail de réflexion critique suppose de s’interroger en premier lieu sur ce qui fut dès la fin du XIXe siècle le paradigme fondateur de l’analyse : l’idée que l’œuvre écrite était le cœur de toute activité musicale.

Pour comprendre la façon dont l'analyse a pu s’autonomiser tout au long du XXe siècle, on s'est efforcé d'en réaliser une archéologie envisageant de front la question de l’identité et des compétences des analystes, de la nature de leurs programmes de recherche aussi bien que de leurs modalités pratiques : les gestes analytiques. Cette approche a été consolidée et élargie à la faveur des échanges avec les participants au colloque de Villecroze que nous avons organisé en 2006 sous le titre « Pratiquer l'analyse musicale », aboutissant en 2009 à la parution d'un livre collectif : L'analyse musicale, une pratique et son histoire. Il devrait se prolonger à partir de 2010 par de nouvelles études sur la pratique analytique de plusieurs compositeurs du XXe siècle.

Contributeurs

Ce projet s'inscrit dans les pôles

Ecoute – analyse – épistémologie


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