Equipe Analyse des pratiques musicales

IRCAM Département Recherche & Développement / UMR 9912 CNRS

Si le hacking est étroitement lié au développement de l’informatique et du réseau Internet, depuis les tentatives pionnières au sein du Tech Model Railroad Club du Massachussets Institute of Technology pour améliorer l’efficacité et la rapidité des premiers ordinateurs de calculs jusqu’à Wikileaks en passant par le mouvement open source, il est aujourd’hui assez courant d’étendre l’usage du concept de hacking pour décrire de nombreuses pratiques, y compris dans des champs largement indépendants des nouvelles technologies de l’information et de la communication.

De manière générale, le hacking peut caractériser un ensemble d’activités à la fois optimisatrices (amélioration des performances d’un objet ou d’un dispositif technique, recherche de la meilleure solution à un problème donné), transgressives (contournement des normes légales ou technologiques, détournement des usages inscrits, posture irrévérencieuse envers les objets) et hédoniques (plaisir de la trouvaille, de la manipulation ingénieuse, de la prouesse technique, de la customisation). Le hacking désigne alors bien davantage une certaine posture ou attitude, sous-tendue par un certain nombre de valeurs, qu’il ne renvoie à une activité précise.

Dans cette perspective, on peut considérer le hacking comme une série de pratiques et d’usages configurés par les catégories conceptuelles de l’informatique – l’ordinateur comme objet technique « ouvert », modulable, adaptable aux besoins changeants de l’utilisateur ; le code comme support de l’information ; et le réseau comme structure de communication – pratiques et usages qui peuvent ensuite être remobilisés (et par là-même remodelés) en dehors du contexte informatique.

Le projet « Musique & Hacking » se propose donc de partir à la recherche des points de greffe entre culture hacker et musiques d’aujourd’hui, des manifestations les plus explicites (organisation périodique de Music Hack Days et autres Hackathon, piratage massif des productions de l’industrie musicale, etc.) aux transferts les plus implicites (émergence de nouvelles conceptions de l’instrument de musique, remise en cause de la fonction-auteur, dimension éthique de certaines musiques expérimentales, etc.), éclairant ainsi d’un jour neuf les pratiques musicales considérées.

Pour l’année 2016-2017, nous nous concentrerons sur l’analyse des activités de hacking instrumental au sein de l’atelier « Lutheries Urbaines » de Bagnolet, la réalisation d’une série d’entretiens auprès de hackers et de tech providers ayant récemment participé à un Music Hack Day, et l’observation ethnographique du hackerspace /tmp/lab à Choisy le Roi.

Musique&Hacking

Le projet « Musique & hacking » vise à cerner les pratiques de musiciens et de techniciens (professionnels ou non) s’impliquant dans des activités qui relèvent, explicitement ou implicitement, du hacking musical, et à étudier plus précisément le rôle joué par les hackers musicaux au sein de la culture numérique et des processus d’innovation qui lui sont associés. Il s’agit aussi de discuter les méthodologies d’analyse de ces pratiques dont on gage que l’importance ira croissant lors des prochaines décennies.

Contributeurs

Baptiste Bacot
Clément Canonne
 

© 2010 - Ircam